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2010/11/24

Les cocotiers produisant un grand nombre de petits fruits

Dans l’ancien temps, en Mélanésie, Micronésie et Polynésie, ces cocotiers étaient utilisés lors des cérémonies et des fêtes. Lorsqu’il n’y avait pas assez de grosses noix pour tout le monde, on donnait à chacun des invités l'une de ces petites noix très sucrées pour se désaltérer. A Tuvalu par exemple, les gens nomment ces cocotiers "wedding coconut", littéralement "cocotiers de noce". 



Cocotier Makire photographié à Arue, Tahiti


Le même cocotier, Arue, Tahiti
Ces cocotiers produisent des gros régimes contenant souvent cinquante à cent tout petits fruits. Après avoir donné quatre ou cinq de ces énormes régimes, il peut arriver que ces cocotiers s’arrêtent de fructifier pendant quelques mois, ou se mettent à produire moins de fruits plus gros.
En Polynésie Française, ces cocotiers sont nommés Reita ou Riata, ou encore Makire. Teuira Henri, dans son livre "Tahiti aux temps anciens" datant de 1848, parle de la variété Riata décrite comme produisant de tout petits fruits, mais sans préciser leur nombre.
En Polynésie Française, j'ai observé seulement trois cocotiers de ce type, l'un à Arue à Tahiti, l'autre à Moorea à l'entrée de la baie de Cook, et le dernier dans le village de Rangiroa; il n'a pas été localisé de site  ou plusieurs de ces cocotiers seraient réunis.  En revanche à Fiji, sur l'île de Taveuni et autour du village de Somo Somo, j'ai observé ce type de population, dénommée Niu Drau or Bula Drau, qui a d'ailleurs été décrite par d'autres botanistes (McPaul, 1963;  Parham, 1966).


Récolte de semences à Tuvalu
Dans les années 2000, j'ai organisé la collecte d'une variété similaire sur l'atoll de Funafuti, dans l'archipel des Tuvalu (Micronésie). La photographie ci-contre illustre la récolte des semences. Pour une partie des semences, leurs embryons ont été extraits puis transférés in vitro dans la Collection Internationale de Cocotier pour la région Pacifique. Cette collection est située à Madang, en Papouasie Nouvelle Guinée.
En revanche, en Polynésie Française, aucune action n'a été entreprise afin de caractériser et de sauvegarder cette variété.  
En Polynésie Française, il semble que que la variété Makire soit en voie d'extinction: elle se  dilue progressivement et disparait parmi les cocotiers "industriels" sélectionnés pour la production de coprah au cours du vingtième siècle. Très probablement, une étude approfondie, incluant des mesures phénologiques et des test ADN, montrerait qu'il existe en Polynésie Française plusieurs types de Makire, qu'il serait important de sauvegarder. Il est aussi possible que l'on retrouve des Makire parmi les cocotiers nains.

Régime partiellement avorté, Fakahina
Tous les cocotiers produisant un grand nombre de petits fruits ne sont pas necessairement des "Makire". En effet, certains cocotiers se révèlent partiellement stériles; d'autres, pour diverses raisons, peuvent manquent de pollen pour la fécondation. Il se peut par exemple qu'il n'y ait pas de pollen disponible au moment durant lequel les fleurs femelles sont réceptives. Il semble aussi que parfois, certains insectes ou mollusques attaquent la partie fertile des fleurs femelles, les empéchant alors d'être fécondées. Dans ce cas il arrive que se développent une multitude de petites noix vides. Souvent, mais pas toujours, ces fruits avortent avant maturité.
Comme l'arbre donne finalement peu de fruits, il ne se fatigue pas et produit alors des inflorescences de plus en plus grosses et chargées de centaines de fleurs femelles. Ces fleurs avortent à leur tour, et le phénomène se reproduit. Dans ce cas là, malgré la présence d'un grand nombre de petits fruits, il ne s'agit pas d'une variété Makire ou Riata, mais juste d'un problème d'absence de fécondation des fleurs femelles.


Cocotier nain de Tonga produisant un grand nombre de fruits vides
Nous avons observé un cas extrème à Tonga: un cocotier de type Nain Niu Leka donnait des centaines de minuscules fruits, mais ces fruits étaient vides et ne contenaient que de la bourre, sans noix de coco à l'intérieur.

Grand Laccadives Micro d'Inde
En Inde une variété de cocotier très connue, dénommée le "grand Laccadives Micro", qui produit aussi une multitude de fruits minuscules. Les vocables Laccadives, Laquedives et Lakshadweep désignent le même archipel indien. Situé dans la mer d’Oman, à cent kilomètres à l’Ouest du continent, il regroupe 27 îles coralliennes dont 10 seulement sont habitées.
Dans l’archipel des Laccadives, les arbres "micro" sont peu fréquents et dispersés parmi les plantations de cocotiers ordinaires, à fruits plus gros et moins nombreux. Tous ces cocotiers, « micro » et « ordinaire » se croisent l’un avec l’autre sans contrôle. Un chercheur indien a émis l’hypothèse qu’il existerait, dans la population naturelle, tous les intermédiaires possibles entre les deux types « micro » et « ordinaire ».
Les observations réalisées en Afrique sur cette variété suggèrent une autre explication. En fait, certains arbres, précédemment normaux, se mettent à produire pendant quelques mois une multitude de fruits minuscules, puis retournent ensuite à un comportement normal. Ainsi, en Côte d’Ivoire, un cocotier de cette variété a produit selon les périodes des fruits pesant de 200 g à 1100 g Moins les fruits sont nombreux, plus ceux-ci sont gros, comme l’illustre la photographie de régimes ci-contre. Le même cocotier pourrait donc être successivement de type « micro » et « ordinaire ». Ceci dit, tous les cocotiers des îles Laccadives ne se comportent pas de façon aussi étrange, et seuls certains d'entre eux semblent capables d'extérioriser le phénotype "micro".
En Inde, les petits fruits de cette variété sont traditionnellement utilisés pour la fabrication d'une friandise dénommée "Ball copra". Après élimination de la bourre, les noix sont mises à sécher, en général juste sous le toit des maisons, dans un endroit venté. L'amande sèche alors sans pourrir. D’aspect légèrement translucide, la chair blanche devient caoutchouteuse, sucrée et parfumée. Se détachant de la coque, l’amande est extraite d'une seule pièce et vendue comme friandise. Les variétés Makire pourraient être utilisée en paysagisme. Leur esthétique évoque l'abondance et la profusion. Les fruits légers sont peu dangereux pour l'homme lorsqu'ils tombent. Enfin, certains tout petits fruits peuvent servir à confectionner des objects artisanaux particulers, comme par exemple... des coquetiers en cocotier.

Pour sauvegarder cette variété, le travail suivant devra être entrepris:

1)Prospecter en Polynésie Française afin de retrouver au moins une population comprenant une vingtaine de cocotiers Makire groupés sur un même site; ou identification et caractérisation d'une trentaine de cocotiers Makire dispersés sur divers sites en Polynésie Française.
2) En fonction de l'observation des caractéristiques des cocotiers et de test ADN, il devra être décidé de constituer une ou plusieurs populations de Makire. Par exemple, s'il s'avère que certains Makire produisent des fruits pointus  alors que d'autres produisent des fruits nettement plus ronds, on pourra être amené à constituer deux populations distintes de Makire. Les analyses moléculaires contribueront à décider s'il faut créer une ou plusieurs populations de Makire.
3) Lorsque 20 à 30 arbres Makire seront identifiés, il faudra prélever une dizaine de fruits par cocotier et les mettre en pépinière pour germination.
 4) Au bout d'un an de pépinière, il faudra planter 100 à 200 cocotiers Makire, groupés dans une zone en isolement géographique. Il s'agit de lieux autour desquel il n'y a pas d'autres cocotiers planté dans un rayon de cinq cent mètres. Ces lieux peuvent par exemples être des petits motu ou de petites îles volcaniques, des fonds de vallées, ou encore des plantations d'autres espèces arboricoles. Si plusieurs sortes de cocotier Makire ont été identifiées, il faudra réaliser cette isolation pour chacune d'entre elles.
5) Au bout de cinq à sept ans, ces cocotiers commenceront à fructifier. Cependant, comme ces cocotiers ne proviennent pas d'une variété certifiée mais d'un mélange variétal, tous ne présenteront pas les caractéristiques Makire. Il faudra donc observer ces cocotiers et, dans un délai de deux à trois ans, éliminer entre la moitié et les deux tiers des cocotiers plantés afin de ne garder que ceux qui présentent vraiement les caractéristiques Makire.
6) Ainsi, après un processus s'étalant sur une dizaine d'années, la ou les variétés Makire seront sauvegardées, et la Polynésie Française sera enfin dotée d'une source de semences certifiées pour cette variété.

Nous recherchons toute personne, association ou institution intéressée par s'associer à ce projet de sauvegarde du patrimoine variétal polynésien. D'autre part, si vous connaissez d'autres cocotiers de type Makire en Polynésie Française, cette information nous sera précieuse.

Références bibliographiques
Henry, T. 1928. Ancient Tahiti. Bernice P. Bishop Bulletin 48. Honolulu: Bishop Museum Press.