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2011/04/28

Les cocotiers nains "Compacts" verts et bruns

Nain Brun Compact de Raiatea
Dans les jardins de Polynésie Française, on observe un grand nombre de cocotiers nains verts et bruns présentant des caractéristiques communes. Leurs troncs sont  massifs et épais, avec un bulbe basal très marqué pour un nain. Les feuilles, courtes et rigides, portent de larges folioles d’une sombre couleur verte. Celles-ci, se recouvrant l'une l'autre, laissent passer peu de lumière. Sur un arbre dont on n'a pas coupé de feuille, il est difficile d'apercevoir les fruits. La croissance en hauteur étant très faible, de l'ordre de 20 cm par an, le stipe reste longtemps masqué par les feuilles. En Polynésie Française, les fruits sont de forme et de taille très variables; il existe sans nul doute plusieurs variétés se distinguant par la morphologie des fruits et des fleurs, mais le travail de caractérisation de ces différents types reste à accomplir.
Ces cocotiers nains sont particulièrement appréciés en Polynésie française.

Nain vert aux fruits allongés à Tahiti
Leur tronc épais et leur croissance très lente offre une bonne résistance au cyclone et une grande facilité de récolte. La qualité de l'amande est appréciée pour les préparations culinaires traditionelles. Plusieurs personnes, voyant ces nains pour la première fois, ont eu cette réflexion surprenante : « est-ce vraiment un cocotier ? ». En effet, son aspect atypique incite à penser qu’il s’agit d’une autre espèce de palmier. Mais le Nain Niu Leka peut être croisé sans difficulté avec les autres cocotiers ; il appartient donc bien à la même espèce !
Deux nains verts compacts aux fruits très différents, à Raiatea
A Tubuai, dans les Australes, nous avons aussi observé plusieurs types de Nains Verts Compacts, dont certains produisaient de gros fruits.
Nain vert compact aux gros fruits de Tubuai
Certains nains verts compacts de Tubuai présentent une caractéristique florale très particulière. Le bout des épillets, qui d'ordinaire ne porte que des fleurs mâles, se termine par une fleur spéciale en forme de rosace que l'on ne rencontre pas chez les autres variétés. Ce caractère pourra être utilisé pour distinguer des variétés particulières de nains verts. Il faudra rechercher si on le retrouve aussi sur d'autres îles.
Fleurs anormales sur certains nains verts de Tubuai
Les nains compacts ont été décrits par les scientifiques pour la première fois à Fidji, dans l'île de Taveuni, à quelques kilomètres de la ligne de changement de date. En fait on ignore l'origine précise de ces nains, que l'on rencontre aussi aux Cook, à Samoa, à Tuvalu et probablement dans d'autres îles du Pacifique. A Fiji, il sont appelés Niu leka et à Samoa Niu le'ha.
A partir des Fidji, ce nain a été introduit dans la collection internationale de Côte d'Ivoire, en  Afrique de l'Ouest. Cependant cette introduction a subi une sélection très drastique, avec notamment une génération d'autofécondation qui a fortement restreint sa variabilité et sa productivité. Le Nain niu leka a fait l'objet d'une description scientifique publiée en Français dans notre livre "Cocotier, guide des variétés traditionelles et améliorées" et en Anglais dans le catalogue mondial des variétés de cocotier.
Planche variétale décrivant le Niu Leka en Côte d'Ivoire
En Côte d'Ivoire, la floraison du nain Niu Leka survient cinq à huit ans après plantation, alors que la plupart des autres nains fleurissent avant trois ans. La production ne dépasse pas trente fruits par arbre et par an.
En Côte d'Ivoire, l'inflorescence de ces nains est compacte, avec un pédoncule épais et des épillets courts. Avec le grand de Tahiti, ce nain est la variété qui, en Côte d'Ivoire, présente le plus grand nombre d'épillets par inflorescence.Les fleurs mâles et femelles d’une même inflorescence ne sont pas matures au même moment. Il arrive que l’autofécondation survienne entre deux inflorescences successives, par exemple après une forte pluie, mais cela est rare dans les conditions de Côte d’Ivoire.
La biologie moléculaire a confirmé que le Nain Niu Leka était génétiquement plus proche des grands des Fidji que des autres nains. Il s’agit bien, donc d’une nouvelle forme de nanisme tout à fait différente de celle observée chez, par exemple, les nains de type Malais ou les Haari Papua. Volumineux pour ceux d'un nain, les fruits sont de forme oblongue à arrondie, avec une assez forte proportion de bourre (43%). Leur couleur varie du vert au brun selon les arbres, raison pour laquelle le nom de la variété ne fait pas mention d’une couleur précise.  A l'intérieur du fruit, la noix presque sphérique contient une amande épaisse qui donne un coprah assez pauvre en huile (59%).
Le Nain Niu Leka a pourtant passionné plusieurs générations de chercheurs. Ses feuilles courtes permettaient d'envisager des densités de plantation élevées; la robustesse de son stipe et sa croissance lente semblaient intéressantes pour les zones sujettes aux cyclones. Le premier hybride de cocotier a été crée en 1926 par M. Maréchal, qui croisa les nains Niu Leka et Rouge de Malaisie. Depuis, de nombreux autres hybrides de Niu Leka ont été crées en Côte d’Ivoire, en Jamaïque et au Vanuatu. En fait, il aurait mieux valu travailler sur les nains compacts présents en Polynésie Française, qui présente une variabilité beaucoup plus forte que le Nain niu leka exporté des Fiji.
Dans le futur, les variétés de cocotier dites « naines » seront de plus en plus utilisées par les agriculteurs. En effet les cocotiers de type grand sont assez dangereux ; les chutes de noix et de feuilles causent des dégâts, des gens peuvent tomber alors qu’ils grimpent, et parfois des cocotiers déracinés par des tempètes tombent sur les maisons. Les cocotiers nains offrent une grande facilité de récolte et une meilleure sécurité.
Il faudra donc concevoir un programme de recherche visant à caractériser et conserver les nains compacts de Polynésie Française, qui joueront un rôle considérable pour l'amélioration génétique future du cocotier. Ce programme demanderait environ six mois de travail étalés sur deux années.

2011/04/27

Les cocotiers nains rouges compacts


Nain Rouge Compact de Moorea
Le nain rouge compact est une variété extrèmement rare.
Pour l'instant seulement trois ou peut être quatre pieds de cette variété ont été recencés en Polynésie Française. Cette variété aura pourtant une importance considérable dans le futur. En effet, cette variété conjugue un régime de production allogame (voir ci dessous) avec l'existence de marqueurs de couleur qui facilitent grandement la production d'hybrides.

L'un des deux nains rouges de Moorea


















Nous avons identifié seulement deux pieds à Moorea, qui seraient originaires d'un cocotier de Raiatea que nous n'avons pas encore pu observer. L'information nous a été fournie par Mme Maria Tautu, à Moorea, non loin du port. Il existe aussi un cocotier similaire à Bora Bora qui nous a été signalé par Mme Dominique Petras. Selon ses propriétaires, il proviendrait d'un cocotier planté à Tahiti, introduit des îles Cook dans les années 1980, et qui a été détruit depuis.

Nain Rouge Compact de Bora Bora
L'aspect du stipe et des feuilles est similaire à celui des nains compacts verts et bruns, plus communs. En revanche, les fruits sont ronds et gros, d'une éclatante couleur rouge-orangée; lorsque l'on ouvre un jeune fruit, l'intérieur de la bourre (enveloppe de la noix) présente une couleur rose soutenue.


Il est facile de faire la différence avec les autres variétés de nains rouges presentes en Polynésie Française. Comparé au Haari Papua et au Nain Rouge Malaisie, les fruits sont beaucoup plus gros et ronds et le stipe plus épais. En outre le Nain Rouge Malaisie, d'ailleurs rare au Fenua, ne possède pas la couleur rose interne des jeunes fruits.

L'allogamie signifie que cette variété se croise préférentiellement avec les cocotiers qui l'entourent, à l'opposé de l'autogamie qui signifie que le cocotier se féconde lui même, comme c'est le cas par exemple du Nain Rouge de Malaisie ou des nains Haari Papua.

Nain Rouge de Bora Bora


Cette variété devrait réduire le coût de la production de semences hybrides. En effet, on peut planter en mélange des nains rouges compacts et une autre variété de cocotier de couleur verte (nain ou grand). Alors les semences récoltées qui, lors de la germination, présenteront un germe de couleur brune seront des hybrides naturels entre le nain rouge compact et la variété verte.

Lors de missions conduite en 2012 à Fidji, nous avons observé un grand nombre de cocotier de ce type, avec des formes et des couleurs de fruits très variables, ce qui indique que plusieurs variétés de ce type existent. 
  



2011/04/18

Quatre variétés de cocotier ha'ari papua


Deux variétés de ha'ari papua rouges à Raiatea
Durant les missions effectuées à Raiatea en 2006 et à Tahiti en 2009, nous avons eu la surprise d'identifier quatre variétés de cocotier ha'ari papua alors que la littérature scientifique ne signalait qu'une variété de ce type en Polynésie Française.

Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir.

ha'ari papua signifie cocotier de Papouasie. Depuis plusieurs siècles, les marins polynésiens et mélanésiens ont voyagé à travers l’océan Pacifique en emportant leurs plantes. Ces variétés proviennent donc très certainement de Papouasie Nouvelle Guinée, mais nous ignorons la date de leur introduction en Polynésie Française. Le fait que trois variétés aient été retrouvée à Raiatea nous incite a penser que cette introduction est assez ancienne et date probablement de 100 à 200 ans.


Deux variétés de ha'ari papua Rouge à Raiatea
Parmi les trois variétés, celles aux fruits rouges sont assez communes, avec plusieurs centaines de cocotiers disséminés en Polynésie Française. La variété aux fruits jaunes est plus rare, nous n'avons pas observé plus d'une dizaine d'arbres en Polynésie. Enfin la variété verte est extrèmement rare, nous avons observé un unique individu mais Mme Dominique Pétras nous a dit en 2008 en avoir observé un autre et avoir planté quelques semences dans son jardin.


ha'ari papua jaune de Raiatea et vert de Tahiti

La plupart des cocotiers ha'ari papua jaunes et rouges se distinguent par l'existence d'une couleur rose interne dans les jeunes fruits, tel que montré dans la photographie ci-dessous. Nous ignorons s'il est de même pour la variété verte. Nous recommandons fortement de choisir pour la replantation des arbres qui présentent ce marqueur rose. On les reconnait sur les semences: le petit germe qui sort de la noix est rose bonbon lorsqu'il mesure moins d'un centimètre; les pointes des racines présentent une couleur rose interne.

Couleur rose à l'intérieur des jeunes fruits d'un ha'ari papua jaune
ha'ari papua jaune de Raiatea
Le ha'ari papua rouge a été introduit en Côte d'Ivoire, pays d'Afrique de l'ouest dans les années 1980, dans le cadre d'un échange de matériel végétal avec la Polynésie Française. Les scientifiques l'ont nommé "Nain Rouge de Tahiti" malgré son origine papoue. Les arbres plantés en Côte d'Ivoire ont été ensuite décrits dans le livre "Cocotier, guide des variétés traditionnelles et améliorées" (disponible en Français et Anglais), et dans le catalogue mondial des variétés de cocotier (disponible en Anglais seulement). 

Planche du livre "Guide des variétés..."
En Côte d'ivoire, ce Nain est le plus petit de tous les cocotiers. Huit ans après la plantation, son tronc ne dépasse pas un mètre de hauteur en moyenne. Ensuite sa croissance reste inférieure même à celle du Nain Vert du Brésil. Ses feuilles souples aux folioles longues lui donnent une silhouette particulière, qui permet de distinguer cette variété des Nains malais.
Comme chez le Nain Jaune de Malaisie, les fleurs mâles et femelles de l’inflorescence sont à maturité au même moment. L’autofécondation est donc de règle.
Les régimes sont des grappes de petits fruits suspendus au bout d’un long pédoncule. Encore jeunes, ces fruits ovales revêtent une couleur rouge orangée soutenue. A complète maturité, ils présentent un téton petit mais bien dessiné. A l’intérieur du fruit la noix est ronde ; elle devient parfois pointue dans sa partie distale si l’arbre souffre de sécheresse. La noix est pauvre en eau à maturité. En Côte d’Ivoire, pour un fruit mature d’un poids moyen de 200 grammes, on observe 70 grammes d’amande et seulement 7 grammes d’eau en moyenne sur des cocotiers âgés de 6 à 7 ans. Cette amande est par contre riche en huile. La germination des semences, plutôt lente pour un Nain, n’atteint pas un taux élevé.
En Côte d’Ivoire, le Nain Rouge de Tahiti débute sa floraison quatre ans et quatre mois après la plantation, soit plus de deux ans après le Nain Jaune de Malaisie ; il produit une soixantaine de fruits par arbre et par an, soit trente fruits de moins que le Nain Jaune.
En Polynésie, ce Nain sert essentiellement à la décoration des jardins. Sur des sols volcaniques bien arrosés, certains cocotiers portent parfois plusieurs centaines de petits fruits, laissés longtemps sur l’arbre, et finalement assez peu consommés. La fonction du Nain Rouge de Tahiti se rapproche peut être de celle des cocotiers dit « wedding» (littéralement cocotier de noces) des îles Tuvalu. Lorsqu’il y a trop d’invités et pas assez de grosses bonnes noix de coco à boire, on distrait les invités en leur offrant ces jolis petits fruits disponibles en grand nombre.
Du fait de sa floraison tardive et de sa production faible, le Nain Rouge de Tahiti a peu été utilisé dans les programmes de création variétale. En Côte d’Ivoire, il a cependant été hybridé en 1993 avec quatre autres variétés.

Identification
Le Nain Rouge de Tahiti se distingue facilement des autres types de Nains Rouges. Sa couleur est plus intense que celle des Nains de Malaisie et du Cameroun.
De plus, c’est à notre connaissance le seul cocotier aux noix rouges dont les fleurs, les jeunes fruits et l’extrémité des racines possèdent une coloration rose interne des tissus, à l'exception du nain rouge compact qui vient d'être décrit en Polynésie (article sur ce site).
En Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Vanuatu, on rencontre plusieurs Nains tout aussi rouges que celui de Tahiti. Ils s’en distinguent cependant par leurs fruits pointus, qui possèdent un téton très proéminent, ou par l’absence de couleur rose interne des tissus.