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2016/06/02

A propos de la cocoteraie de l'île d'Anaa et des premiers habitants des Tuamotu

A propos de la cocoteraie de l'île d'Anaa


Titre : Tahiti et les îles adjacentes ; par Th. Arbousset. Voyages et séjour dans ces îles, de 1862 à 1865


On m'en fit remarquer un (récif) de 180 pieds de large environ, et surmonté d'une pierre dure, qu'on croit même volcanique, appelée anaa. C'est elle, sans doute, qui aura donné son nom à l'île.

Les naturels d'Anaa, en rapports fréquents avec les îles de la Société, ont trouvé que le fruit du pandanus et le poisson du lac ne leur suffisaient plus. Ils ont, en conséquence, cherché à tirer parti de leur sol en y plantant le cocotier. Heureusement pour eux, cet arbre précieux a poussé presque sans culture sur le sol de leur île. Le cocotier s'est ensuite propagé, d'île en île, jusque dans la partie orientale de l'archipel, qui est habité par des indigènes à l'état sauvage. La noix de coco est devenue pour les Touamotous la base de l'alimentation et leur a permis d'engraisser des porcs et des volailles. 

Comme nous longions Tékaora, en faisant mine de passer plus loin, les autorités du lieu arborèrent le pavillon du Protectorat pour nous inviter expressément à nous arrêter chez elles. Leur accueil fut chaleureux : nous allâmes tous au temple, où je prêchai. Ensuite le chef Tamouta me montra avec orgueil la forêt de cocotiers qui a servi de pépinière à tout l'archipel. Quelques-uns de ces arbres précieux rapportaient peu, à cause de leur vieillesse; mais on s'est avisé de les entailler, de mettre même le feu jusqu'au cœur, et, grâce à ce procédé, les propriétaires leur font produire encore d'excellents fruits. Nulle part, dans les îles, je n'ai trouvé de plus belles noix de coco qu'ici. J'en pris six vraiment énormes que je rapportai à Papéété pour les y planter. A part le cocotier, les ressources d'Anaa sont peu de chose.





.../... Arrivés à l'île d'Anaa, nous la contemplâmes tous avec un singulier plaisir, mais nous dûmes nous résigner à faire faction devant elle pendant une longue nuit. On n'y trouve point de baie, et c'est là une chose à peu près inconnue aux Touamotous. Au commencement de cette année, la très petite passe du nord, appelée Tououhora, a été creusée à une profondeur de 1 mètre 50 sur 10 mètres de largeur.

A propos des premiers habitants des Tuamotu et du cocotier
Titre : Les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation, par A.-C.-Eugène Caillot...
Auteur : Caillot, A.-C.-Eugène. Date d'édition : 1909


Or ces îles sont arides, n'ayant qu'une mince couche de terre végétale, et dépourvues d'eau douce. Nul torrent, nulle source ; il faut creuser le sable de la grève pour découvrir quelques puits d'eau saumâtre. Les habitants recueillent l'eau de pluie dans les excavations des rochers. Ils boivent aussi l'eau du fruit du cocotier. Mais cet arbre n'a pas toujours existé dans ces îles et les naturels ne pouvaient se désaltérer avec cette précieuse boisson. Avant la plantation du cocotier, ils n’avaient pas également la vente de son fruit pour, se procurer de quoi subsister. Ils ne possédaient, comme produits alimentaires provenant du sol, que les fruits du pandanus et le pourpier, ce qui était insuffisant. Ils se trouvaient donc réduits à se nourrir de poissons, de moules, de bénitiers et même de chair humaine. Maintenant que le cocotier existe dans presque toutes ces îles, son fruit entre pour une bonne part dans l’alimentation des indigènes, et la vente du coco avec la pêche des nacres aide même certains d'entre eux à se procurer de l'aisance : ils le transforment en coprah dont ils font un commerce important dans quelques îles. Le cocotier est un véritable trésor pour cet archipel qui est devenu par lui un peu plus habitable. Il rend une foule de services à la population, car il est, heureusement pour elle, toujours en plein rapport. Cet arbre élève, nourrit, habille, loge et couche l’habitant des Tuamotu. Il nourrit sa famille et engraisse ses animaux domestiques ainsi que ceux de sa basse-cour: les premiers sont le chien et le chat; les seconds, les cochons et les poules. Les ressources du coco sont inépuisables. Les naturels confectionnent avec ce fruit une huile à brûler dont ils font une vente considérable dans plusieurs îles. La corde dont ils se servent pour remplacer les clous est encore un produit du cocotier. Elle est tirée de la bourre desséchée et rougeâtre qui recouvre la coque extérieure de la noix. De cette bourre, lorsqu'elle est verte, on exprime une liqueur qui entre dans la composition de tous les médicaments des insulaires. Le cocotier fournit aussi à ces derniers le bois nécessaire à la fabrication de leur pirogue et enfin le cercueil dans lequel ils reposeront du sommeil éternel.

La diversité des types d'hommes que l'on rencontre encore dans les archipels de la Polynésie orientale est un fait qui m'a frappé durant mon voyage en Océanie. Dans les différentes îles on constate les caractères physiques les plus dissemblables, depuis ceux du nègre papou jusqu'à ceux du blanc sémite, sans toutefois trouver un indigène véritablement noir pas plus qu'un indigène véritablement blanc. Aussi dirai-je des habitants de l'archipel des Tuamotu ou Paumotu que c'est une foule mêlée de toutes les origines. En effet, il est incontestable que des éléments étrangers, formant de véritables colonies, sont venus, pour une cause ou pour une autre, se juxtaposer, sur le sol de ces îles, à la population primitive du pays, composée très probablement de Papous, lesquels appartenaient à la race noire. La tradition, si peu qu'il en reste, s'accorde à dire que ces « terres » étaient autrefois peuplées par des «Esprits», avec lesquels les émigrants maori s'arrangèrent d'abord et qu'ils massacrèrent ensuite, du moins en partie; après quoi, le reste fut assimilé par eux. Ces « Esprits » ne sont vraisemblablement que les Papous qui se trouvaient jadis maîtres de cet archipel. De ces premiers possesseurs du sol, on ne sait que très peu de choses. La tradition se borne à raconter qu'ils allaient presque entièrement nus ; ils dormaient dans des cavernes ou dans des grottes, ou bien encore sous des rochers ou des buissons ; ils vivaient de racines, de fruits, de poissons et même de chair humaine.